L'industrie du tourisme de nature et d'aventure en Italie a connu une restructuration paradigmatique lors des dernières décennies, propulsée par une demande exponentielle pour des expériences immersives, écologiquement conscientes et physiquement engageantes.
Introduction générale à la dynamique professionnelle de l'accompagnement en milieu volcanique
Au cœur de cette transformation sectorielle se trouve la figure professionnelle du guide environnemental et de randonnée (guida ambientale escursionistica, ci-après dénommé GAE).
Sur le territoire spécifique de la région sicilienne, et plus particulièrement sur les pentes complexes et instables du volcan Etna, l'exercice de cette profession se heurte à une architecture réglementaire d'une singularité et d'une complexité remarquables.
Cette complexité institutionnelle naît de la convergence entre la législation nationale sur les professions non réglementées par des ordres professionnels, les prérogatives administratives régionales en matière de développement touristique.
Elle est également dictée par les impératifs stricts de sécurité publique dictés par la nature hautement imprévisible du volcan actif le plus élevé d'Europe.
La présente recherche examine de manière exhaustive l'autorisation légale, les limites opérationnelles physiques, et le cadre fiscal inhérent aux guides affiliés aux trois principales entités associatives opérant en Sicile : l'AIGAE (Associazione Italiana Guide Ambientali Escursionistiche), la Feder Escursionismo Sicilia (FES), et l'AGAE (Associazione Guide Ambientali Europee).
La problématique centrale de cette analyse réside dans la délimitation stricte des compétences entre, d'une part, l'illustration naturaliste et la vulgarisation scientifique propres aux GAE, et d'autre part, la gestion du risque extrême en milieu hostile, qui demeure l'apanage exclusif des guides volcanologiques et alpins.
Cette démarcation fondamentale dicte non seulement l'accès géographique aux différentes strates altitudinales de l'Etna, mais détermine également la viabilité juridique et la pérennité économique de l'activité d'accompagnement touristique indépendant.
En analysant minutieusement la législation italienne applicable, les récentes ordonnances préfectorales et municipales promulguées pour les années 2025 et 2026, ainsi que les implications précises du code ATECO régissant l'immatriculation fiscale de ces professionnels, ce rapport déploie une vue holistique, systémique et approfondie des défis et des opportunités inhérents à la profession de guide environnemental en milieu volcanique actif.
Le cadre législatif national : la dualité conceptuelle et juridique des lois 4/2013 et 6/1989
Pour appréhender pleinement la légitimité opérationnelle des guides membres de l'AIGAE, de la FES et de l'AGAE sur les territoires de l'Etna, il est impératif de disséquer le schisme législatif fondamental qui régit l'accompagnement en plein air au sein de la République italienne.
Le droit italien procède par une distinction conceptuelle et légale nette entre les professions historiquement organisées en ordres professionnels stricts et les professions émergentes fondées sur la libre prestation de services intellectuels, d'interprétation et d'accompagnement.
La loi 4/2013 : le fondement juridique de l'émancipation des GAE
La loi nᵒ 4 du 14 janvier 2013 régit les "professions non organisées en ordres ou collèges".
Cette législation a constitué une véritable révolution juridique en Italie, introduisant une flexibilité indispensable sur le marché du travail.
Elle a permis aux professionnels exerçant des activités économiques basées sur le travail intellectuel, le conseil ou, dans le cas présent, l'illustration environnementale, d'opérer en toute légalité sans être soumis aux carcans administratifs des ordres traditionnels (tels que ceux régissant les médecins, les avocats ou les ingénieurs).
C'est sous l'égide directe de cette loi de 2013 que les guides environnementaux et de randonnée (GAE) trouvent leur existence légale formelle et leur protection constitutionnelle.
Conformément aux dispositions de cette loi, le ministère des Entreprises et du Fabriqué en Italie (Ministero delle Imprese e del Made in Italy MIMIT, anciennement connu sous l'acronyme MISE) est chargé de reconnaître officiellement des associations professionnelles de catégorie.
Ces associations assument par délégation la lourde responsabilité de garantir la qualité de la formation initiale, de certifier le respect scrupuleux d'un code déontologique contraignant, et d'organiser la mise à jour continue des compétences de leurs membres.
L'AIGAE et l'AGAE sont formellement inscrites et reconnues dans ces registres nationaux tenus par le MIMIT.
Par des mécanismes d'affiliation, de reconnaissance mutuelle ou d'homologation des parcours de formation, des entités à vocation plus régionale comme la Feder Escursionismo Sicilia (FES) s'inscrivent également dans cette dynamique de professionnalisation qualifiante.
Les professionnels qui sont affiliés à ces associations reconnues par le MIMIT sont ainsi pleinement autorisés, de par la législation nationale, à exercer la profession de guide naturaliste et environnemental sur l'ensemble du territoire italien. Cela inclut inévitablement la région sicilienne et les pentes du volcan Etna.
Le fait d'être dûment inscrit dans l'une de ces associations confère au guide une présomption légale de compétence technique.
De plus, cette inscription est généralement conditionnée à la souscription d'une couverture assurantielle indispensable, notamment une police de responsabilité civile (RC) professionnelle couvrant les risques inhérents à la conduite de groupes en milieu naturel.
La loi 6/1989 : le monopole historique de l'alpinisme et de la vulcanologie
En opposition conceptuelle directe avec la libéralisation introduite en 2013, la loi nᵒ 6 du 2 janvier 1989 régit spécifiquement et de manière exclusive les professions de guide alpin (guida alpina), d'accompagnateur de moyenne montagne (accompagnatore di media montagna), et de guide volcanologique (guida vulcanologica).
Cette loi, antérieure d'un quart de siècle à la loi 4/2013, établit un périmètre de réserve d'activité inviolable pour ces professionnels historiques dès lors que le terrain traversé nécessite l'utilisation d'équipements d'alpinisme techniques (cordes, piolets, crampons, baudriers) ou qu'il présente des risques extrêmes inhérents au milieu nécessitant des techniques de progression et d'auto-sauvetage spécifiques.
Sur le théâtre opérationnel de l'Etna, la figure du guide volcanologique, qualifiée d'excellence italienne unique au monde par les instances professionnelles, est intégralement régie par cette loi de 1989.
Ces professionnels reçoivent une formation hautement spécialisée et extrêmement sélective, axée sur la sismologie, l'analyse prédictive des processus éruptifs, la géologie volcanique avancée, la glaciologie appliquée aux volcans (présence de glace sous les coulées de lave), et les protocoles de sauvetage médicalisés en milieu hostile.
Par conséquent, un conflit d'interprétation latent et parfois politisé existe historiquement entre les GAE, légitimés par la loi 4/2013 pour l'accompagnement, et les guides volcanologiques, protégés par la loi 6/1989 pour la gestion du risque.
La jurisprudence italienne a dû intervenir à de multiples reprises pour pacifier ce secteur.
Notamment à travers des arrêts retentissants de la Cour constitutionnelle et du Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative du pays, il a été statué de manière définitive que les GAE se concentrent légalement sur l'illustration environnementale, l'explication naturaliste et la médiation culturelle des territoires, et non sur l'alpinisme technique ou l'encadrement sportif de haute difficulté.
Cette dichotomie philosophique entre l'"interprétation" et la "survie/technique" est la clé de voûte de toute la réglementation sicilienne actuelle.
La loi 131/2025 et les turbulences législatives récentes
La dynamique juridique de l'accompagnement en montagne s'est récemment complexifiée avec la promulgation très débattue de la Loi statale n° 131 du 12 septembre 2025, désignée sous le nom de "Nouvelle Loi sur la Montagne" (Disposizioni per il riconoscimento e la promozione delle zone montane).
Cette loi, qui est intervenue trente et un ans après la précédente législation de 1994, vise théoriquement à promouvoir, protéger et développer économiquement les zones de montagne et les communautés qui y résident. Pour ce faire, elle s'attaque au dépeuplement et adapte les territoires au changement climatique.
Elle redéfinit les critères de classification des communes de montagne en se basant sur des paramètres d'altimétrie et de pente, déclenchant l'accès à divers fonds de développement (FOSMIT).
Toutefois, dans le contexte des professions touristiques, cette loi a introduit des éléments profondément controversés.
Lors des débats parlementaires et des propositions d'amendements liés à la réforme plus globale des professions d'accompagnement touristique (prévue pour 2026), des propositions ont émergé visant à modifier la loi 6/1989 pour y insérer une toute nouvelle figure professionnelle institutionnalisée : le "Guide de randonnée de montagne" (guida escursionistica di montagna).
Les associations historiques fondées sur la loi 4/2013, telles que l'AGAE, l'AIGAE et Assoguide, s'opposent de la manière la plus ferme à cette potentielle assimilation.
Elles dénoncent une manœuvre législative qui, sous couvert d'uniformisation sécuritaire, aurait pour effet de limiter drastiquement l'accès au marché. En outre, elle pourrait nier les prérogatives acquises des plus de 7 500 GAE qui opèrent de manière indépendante sur l'ensemble du territoire italien depuis plus de trois décennies.
L'argument central de l'AGAE et de ses alliés est que la profession de guide environnemental transcende la stricte définition topographique de la "montagne" pour s'appliquer à une multitude de biomes (côtes, collines, plaines, volcans). Leur enfermement au sein des ordres alpins stricts détruirait l'essence même de leur mission éducative.
Cette tension sociopolitique démontre que le droit de l'accompagnement touristique en nature est un domaine juridique extrêmement mouvant, où les lobbys associatifs jouent un rôle de vigie déterminant dans la préservation des droits d'exercice de leurs affiliés face à l'État central.
Cartographie et statut des entités associatives sur le territoire sicilien
Pour qu'un guide environnemental et de randonnée (GAE) puisse légalement accompagner des groupes de touristes sur le substrat basaltique de l'Etna, il doit non seulement s'inscrire dans le cadre cognitif national décrit précédemment, mais il doit obligatoirement se conformer aux exigences administratives de la région sicilienne, qui jouit d'une autonomie statutaire particulière en Italie.
Le rôle des associations est ici prépondérant pour servir de pont entre l'individu et l'administration publique.
AIGAE (Associazione Italiana Guide Ambientali Escursionistiche)
L'AIGAE représente l'entité associative la plus vaste, la plus structurée et la plus politiquement influente au niveau national dans le secteur de l'accompagnement nature.
Elle déploie une stratégie de maillage territorial très dense en Sicile.
L'association organise régulièrement des cours de qualification professionnelle spécifiques, intensifs et hautement professionnalisants sur l'île.
Par exemple, les sessions nationales de formation programmées pour les années 2025 et 2026, qui se sont déroulées dans des zones stratégiques comme le parc des Nebrodi ou aux abords de l'Etna, préparent directement les futurs candidats aux réalités biogéographiques et juridiques locales.
Un accomplissement institutionnel majeur de l'AIGAE lors des dernières années a été l'obtention d'une clarification officielle de la part des autorités fiscales concernant l'attribution d'un code ATECO spécifique, taillé sur mesure pour l'accompagnement en nature.
Cette victoire a consolidé la sécurité fiscale et l'indépendance entrepreneuriale de ses membres, les mettant à l'abri des requalifications hasardeuses par l'inspection du travail.
Les guides certifiés AIGAE sont ainsi pleinement et incontestablement reconnus par les institutions siciliennes pour opérer sur les sentiers de l'Etna, dans le strict respect des limites altitudinales définies par les arrêtés préfectoraux.
L'AIGAE maintient également un niveau d'exigence élevé en imposant des examens d'admission comprenant des entretiens de motivation et la vérification des compétences préalables, ainsi qu'une formation continue obligatoire pour conserver le statut de membre actif.
AGAE (Associazione Guide Ambientali Europee)
L'AGAE, dont le siège opérationnel est situé à Florence, se positionne comme une référence d'excellence reconnue officiellement par le MIMIT.
Elle garantit que l'ensemble de ses membres adhèrent de manière stricte à un code de déontologie rigoureux et à un règlement interne qui encadre la pratique professionnelle.
L'AGAE promeut activement la protection juridique continue de la profession de guide environnemental au niveau des instances parlementaires italiennes et européennes.
Sur le plan stratégique, l'AGAE a choisi la voie de l'alliance institutionnelle.
Elle collabore de manière permanente via un comité conjoint avec d'autres associations majeures du secteur (dont l'AIGAE, la LAGAP et Assoguide).
Ce front commun a pour objectif principal de défendre les intérêts socio-économiques des GAE face aux tentatives répétées d'empiétement de la législation sur l'alpinisme et de peser sur la rédaction des décrets d'application de la nouvelle législation touristique prévue pour 2026.
L'appartenance à l'AGAE permet de facto à un guide basé en Sicile de prouver sa qualification professionnelle (au moyen d'attestations de qualité délivrées selon la loi 4/2013) afin d'être dûment inscrit sur les listes régionales de reconnaissance. L'intégralité des critères légaux d'exercice sur le volcan est ainsi remplie.
Federazione Escursionismo Sicilia (FES)
Contrairement aux deux premières entités qui revendiquent une vocation nationale ou pan-européenne, la Federazione Escursionismo Sicilia (FES) est profondément une organisation culturellement et géographiquement ancrée dans la réalité territoriale de l'île.
Elle structure un vaste réseau de guides naturalistes locaux, d'experts en biodiversité endémique, de photographes documentaristes et de professionnels du plein air vivant littéralement aux pieds du volcan.
La FES propose des cours de formation de très haut niveau, souvent en partenariat exécutif avec des organismes spécialisés dans les sciences de la terre comme Astrid Natura.
Leurs programmes pédagogiques incluent à la fois l'écologie de terrain et des modules d'orientation avancée, de lecture du paysage et de conduite de groupes, dispensés par des figures scientifiques locales de premier plan (tels que des naturalistes reconnus, auteurs de guides de référence sur la province de Catane).
La singularité de la FES réside dans son activisme politique et administratif de proximité.
Elle est particulièrement proactive dans le dialogue direct avec les autorités locales, incluant les maires des communes ethniques, la préfecture de Catane et la Protection civile régionale.
À titre d'exemple éloquent, lors des phases d'activité éruptive où les autorités ont tendance à prononcer des fermetures totales et aveugles des accès au volcan, la FES s'est illustrée en exigeant formellement par écrit que les "guides naturalistes habilités" soient expressément inclus dans les exceptions d'accès, au même titre que les guides volcanologiques.
La FES plaide avec constance pour une approche de "jouissance contrôlée" (fruizione controllata), argumentant qu'une observation encadrée par des GAE à une distance de sécurité congrue du front lavique est infiniment supérieure, tant en matière de sécurité publique qu'en termes de retombées économiques, à une interdiction pure et simple qui favorise souvent l'intrusion illégale de touristes non accompagnés.
La matrice administrative : la liste régionale des guides de la région sicilienne
L'assessorat régional du Tourisme, des Sports et des Spectacles de la région sicilienne, en coordination avec l'assessorat pour le Territoire et l'Environnement, a mis en place une architecture administrative spécifique pour rationaliser et surveiller l'offre touristique.
Le cadre est fixé par la loi régionale 8/2004, modifiée ultérieurement, qui établit l'obligation d'inscription à des registres pour exercer des professions touristiques.
En vertu d'une disposition cruciale (le décret assessorial DA 0033 du 19 janvier 2021), la région a institué une liste de reconnaissance officielle, qualifiée d'elenco ricognitivo, spécifiquement dédiée aux guides environnementaux, naturalistes et de randonnée.
La fonction de cette liste est de transposer au niveau régional les garanties de la loi nationale 4/2013.
Cette base de données publique est soumise à des mises à jour régulières et exhaustives. Les versions documentées les plus récentes datent de la fin de l'année 2025 et du début de l'année 2026 (avec des extractions datées de décembre 2025 et janvier 2026).
Pour qu'un professionnel voie ses données personnelles et professionnelles publiées dans cet elenco regionale, il doit soumettre un dossier administratif prouvant de manière irréfutable son inscription en cours de validité à une association reconnue par le MIMIT au titre de la loi 4/2013 (telle que l'AIGAE ou l'AGAE) ou démontrer une expérience documentée selon des critères transitoires.
Il doit également prouver la détention d'assurances adéquates.
Ainsi, un guide certifié par l'AIGAE, l'AGAE ou la FES, une fois que son nom est adoubé et inscrit sur cette liste de reconnaissance régionale, possède une légitimité administrative inattaquable pour offrir ses services commerciaux en Sicile.
Cette inscription le différencie légalement des listes séparées gérées par la région pour les accompagnateurs touristiques classiques ou les guides de moyenne montagne (figurant dans un elenco speciale distinct issu de la législation de 2016).
L'Opérationnalité sur l'Etna : compétences techniques, zonification et injonctions préfectorales
L'autorisation d'exercer est formellement acquise d'un point de vue statutaire et administratif grâce à l'adhésion associative. En revanche, l'exercice effectif de la profession sur les pentes basaltiques de l'Etna est soumis à un tamis réglementaire et opérationnel extrêmement fin, contraignant et dynamique.
L'Etna ne peut être appréhendé comme une structure montagneuse ordinaire.
Il s'agit d'un système géologique hyperactif, en perpétuelle mutation morphologique, soumis à des crises paroxystiques régulières.
Par conséquent, le droit d'accès et de circulation des guides et de leurs clients n'est pas dicté par des droits d'usage figés, mais par une évaluation continue du niveau de risque volcanique instantané.
La démarcation philosophique et technique des compétences : GAE vs guides volcanologiques
Il est fondamental de saisir la différence de paradigme, tant au niveau de la formation que de la responsabilité légale, entre les deux principales familles de professions opérant sur le volcan.
Les GAE, issus des rangs de l'AIGAE, de l'AGAE ou de la FES, possèdent une expertise vaste et holistique.
Leur corpus de connaissances englobe la compréhension systémique des écosystèmes complexes, la taxonomie de la flore endémique sicilienne (comme le Genista aetnensis ou l'Astragalus siculus), le comportement de la faune locale, ainsi que la geologia générale des habitats naturels.
Leurs compétences didactiques et scientifiques se révèlent optimales et indispensables pour l'exploration des vastes forêts de pins laricios, des sentiers du parc national, des grottes de glissement de lave (souvent explorables sans équipement spéléologique lourd), et des strates inférieures et moyennes du massif volcanique.
À l'inverse, les guides volcanologiques (souvent regroupés sous la bannière des guides alpins et volcanologiques de Sicile) étudient spécifiquement et quasi-exclusivement la dynamique des systèmes magmatiques.
Leur cursus intègre l'analyse en temps réel des processus éruptifs, la mécanique des fluides appliquée aux coulées de lave, l'interprétation des trémors volcaniques (sismicité), et l'évaluation du risque lié à l'émission de gaz toxiques (dioxyde de soufre, radon) ou aux projections balistiques (bombes volcaniques, lapilli).
En outre, ils maîtrisent l'utilisation des cordes, des piolets et des techniques de progression sur glacier, car le sommet de l'Etna, même en activité, abrite des lentilles de glace pérenne sous les cendres.
Cette hyper-spécialisation technique justifie pleinement, du point de vue du législateur national, de la préfecture et de la Protection civile, leur monopole absolu sur l'encadrement des zones les plus élevées, les plus instables et les plus mortelles du volcan.
L'acte fondateur de la zonification de l'Etna (Zonazione)
Le tournant géopolitique majeur dans la réglementation de l'accès à l'Etna, qui a défini les frontières de travail des GAE, a eu lieu avec la promulgation du décret de l'assesseur régional nº 27/GAB en date du mois d'octobre 2017.
Suite aux demandes réitérées, pressantes et justifiées du Collège régional des guides alpins et volcanologiques (qui attendaient la délimitation juridique de leur zone de travail exclusif depuis la promulgation de la loi de 1989, soit durant 27 ans), les autorités gouvernementales siciliennes ont procédé à la "périmétrisation" officielle des aires exposées au risque volcanique maximal.
Cette zonification (zonazione) a eu pour effet immédiat de scinder officiellement l'édifice volcanique en secteurs juridiquement et spatialement distincts, limitant de manière claire, nette et définitive l'action indépendante des Guides environnementaux (GAE) sur les parties purement sommitales.
L'objectif déclaré par le décret est d'assurer "des conditions de sécurité maximale pour la jouissance touristique".
Le système de gestion du territoire s'articule quotidiennement autour de la cartographie de dangerosité fournie et réactualisée par l'INGV-OE (Institut national de géophysique et de volcanologie observatoire Etneen) et est interconnecté avec le système d'alerte rapide automatisé nommé ETNAS, qui définit des états de vigilance croissants (FO pour le calme, F1 pour l'attention, F2 pour l'alarme).
Pour clarifier la géographie légale du travail des guides, le tableau ci-dessous synthétise l'architecture de la zonification en vigueur pour les années 2025-2026 :
| Classification juridique de la zone | Description morphologique et altitude approximative | Accès autorisé pour les GAE (membres AIGAE/FES/AGAE) | Accès pour les guides volcanologiques (loi 6/1989) |
|---|---|---|---|
| Zone basse et moyenne (accès libre) | S'étend du piémont agricole jusqu'à des cotes variant entre 2450 m et 2500 m (incluant des pôles touristiques majeurs comme le rifugio Sapienza, le rifugio Citelli, et le réseau des crateri Silvestri) | Autorisation pleine et entière. C'est le territoire d'expression commerciale de prédilection des GAE pour l'interprétation environnementale, le trekking éducatif et l'écotourisme, sans besoin de délégation. | Autorisé sans restriction. |
| Zone jaune (ZPP – Zona a pericolosità permanente) | Zone de transition instable. Altitude intermédiaire fluctuante, généralement située entre 2500 m et 2800 m. Comprend les sentiers d'approche des cratères majeurs. | Accès fortement restreint et conditionné. Les GAE peuvent y opérer uniquement si le niveau d'alerte ETNA le permet (FO). Ils sont soumis à des ratios de contingentement drastiques (souvent limités à un maximum de 10 clients par guide). En cas de passage en phase d'attention (F1/F2), l'accès leur est généralement interdit. | Autorisé, avec obligation stricte de se conformer au contingentement des groupes défini par le règlement interne du Collège régional des guides. |
| Zone sommitale (ZS) | Regroupe les cratères centraux actifs (Cratere Centrale, Bocca Nuova, Sud-Est), la crête de la haute vallée de Bove, et toutes les zones situées au-delà de 2800 m/2850 m. | Interdiction absolue et pénale. L'accès est illégal pour un GAE conduisant des clients dans cette zone sans la sous-traitance ou la coprésence active d'un guide volcanologique. | Autorité et monopole exclusifs. L'accompagnement par ces professionnels est obligatoire pour tout touriste civil souhaitant atteindre la zone. |
L'impact direct des ordonnances municipales et préfectorales (exercice 2025-2026)
Le cadre macroscopique établi par la région et la protection civile est ensuite affiné, interprété et microgéré au quotidien par les municipalités dont les vastes territoires administratifs s'étendent en parts de camembert sur les flancs du cône volcanique.
Les communes de Castiglione di Sicilia (versant nord), Linguaglossa (versant nord-est), Nicolosi (versant sud) et Zafferana Etnea émettent des actes administratifs qui s'imposent à tous les professionnels.
Les GAE sont par conséquent soumis à un régime de veille juridique et météorologique constante.
- 1. Le versant nord : l'ordonnance de Castiglione di Sicilia L'ordonnance syndicale nᵒ 4 de 2025 (réactualisée et pleinement en vigueur pour la saison 2025-2026), signée par le maire Concetto Stagnitti, définit méticuleusement les limites d'accès aux cotes sommitales sur le très prisé versant nord de l'Etna. Ce document administratif, transmis pour exécution à la préfecture de Catane, aux Carabinieri, au Secours alpin et à la Garde des finances, identifie explicitement les délimitations physiques de la zone sommitale et de la zone jaune (ZPP). Une restriction opérationnelle majeure y est codifiée pour les guides dans la "zone jaune" (ZPP), le transit de groupes touristiques est formellement consenti, mais il est plafonné à un maximum strict de 10 personnes par guide. De plus, l'ordonnance impose un cahier des charges vestimentaire obligatoire pour toute la zone, stipulant l'usage de chaussures de montagne lourdes et de vêtements d'hiver, rendant le guide civilement responsable du contrôle de l'équipement de ses clients avant l'ascension.
- 2. Le versant nord-est : les restrictions spécifiques de Linguaglossa La municipalité de Linguaglossa a historiquement mis en place des paliers d'accès d'une très grande sévérité, réagissant de manière épidermique aux avis de la protection civile.
Selon des ordonnances types régissant l'état d'alarme, les activités d'excursion dites "libres" (qui englobent de facto celles encadrées par les GAE agissant seuls sans mandat volcanologique) sont impérativement arrêtées à la cote géodésique de 2 450 mètres (au niveau de la formation de Monte Pizzillo).
Le dépassement de cette altitude précise, permettant de rejoindre la cote de 2 850 mètres (zone de l'Observatoire volcanologique et de Piano delle Concazze), n'est toléré par la force publique que si les groupes sont obligatoirement pris en charge par des guides alpins ou volcanologiques.
Par ailleurs, cette ascension sommitale requiert un équipement de prévention des accidents lourd, incluant le port ininterrompu d'un casque de protection (elmetto protettivo).
- 3. Le versant sud : le pôle touristique de Nicolosi Du côté de Nicolosi, pôle d'attraction massif avec le complexe du téléphérique (Funivia dell'Etna) et le rifugio Sapienza, les ordonnances récentes de 2025/2026 intègrent intimement le système d'alerte rapide ETNAS.
La zone sommitale y est typiquement définie par arrêté du maire comme englobant la zone active des cratères centraux, la lèvre supérieure de la haute Valle del Bove, et l'intégralité des champs de lave situés orientativement au-dessus de l'isohypse des 2 500 mètres d'altitude.
Ces strates de réglementations superposées démontrent avec une clarté limpide que les GAE membres de l'AIGAE, de l'AGAE ou de la FES sont parfaitement et légalement autorisées à travailler sur l'Etna.
Cependant, leur liberté d'entreprise et leur terrain de jeu s'arrêtent net là où le volcan exige, de par la loi, une expertise reconnue en matière de gestion de crise mortelle.
Pour offrir commercialement des excursions grandioses "à 3000 mètres d'altitude", les agences touristiques, les tour-opérateurs ou les GAE travaillant en tant que travailleurs autonomes doivent impérativement s'associer financièrement et sous-traiter la portion sommitale de leur itinéraire à des guides volcanologiques dûment certifiés au titre de la loi 6/1989.
L'architecture fiscale, administrative et financière : le rôle central du code ATECO 79.90.02
L'exercice commercial de la profession de guide environnemental en Italie, une fois que les multiples obstacles légaux d'habilitation et les barrières géographiques volcaniques sont franchis, nécessite une structuration fiscale d'une rigueur absolue.
La législation financière italienne, par l'entremise coercitive de l'Agence des revenus (Agenzia delle entrate) et de l'Institut national de prévoyance sociale (INPS), impose des règles pointilleuses régissant l'ouverture de l'activité, la facturation, la gestion de la TVA et l'acquittement des cotisations sociales.
La classification ATECO : l'identité économique du guide
Pour ouvrir légalement une partita IVA (l'équivalent du numéro d'identification à la TVA et au registre du commerce) en tant que guide environnemental ou de randonnée (qu'il soit affilié à l'AIGAE, à l'AGAE ou à la FES), le choix du code ATECO (Classificazione delle Attività Economiche) approprié revêt une importance vitale.
Historiquement, le manque de reconnaissance précise des professions non organisées en ordres générait d'immenses incertitudes fiscales, conduisant parfois à des redressements abusifs.
Cependant, au terme de nombreuses années de négociations et d'actions de plaidoyer acharnées menées par des syndicats professionnels, et dont l'AIGAE s'est largement fait l'écho comme d'une victoire stratégique majeure, une clarification officielle a été obtenue concernant le code spécifique dédié à l'accompagnement en nature.
Pour l'ensemble des guides GAE souhaitant opérer légalement, le code de référence absolu et exclusif à communiquer à la Chambre de commerce et aux services fiscaux est le 79.90.02.
La description officielle, taxonomique et légale rattachée à ce code ATECO englobe de manière large les "attività delle guide e degli accompagnatori turistici" (activités des guides et des accompagnateurs touristiques).
Ce code s'insère dans une macro-catégorie couvrant les services de réservation et l'assistance touristique qui ne sont pas directement assurés par des agences de voyages physiques.
L'adoption immédiate de ce code lors de la déclaration de début d'activité est l'étape administrative fondatrice pour régulariser l'existence économique du GAE et lui permettre d'émettre des factures conformes.
Le régime fiscal, la rentabilité et la complexité de la TVA (IVA)
En Italie, la très grande majorité des guides environnementaux débutant leur carrière ou opérant de manière purement indépendante optent pour l'adhésion au "regime forfettario" (régime forfaitaire).
Il s'agit d'un régime fiscal ultra-simplifié, conçu pour soutenir les travailleurs autonomes, micro-entrepreneurs et professionnels libéraux dont les revenus annuels bruts ne dépassent pas un plafond strict (actuellement fixé à 85 000 euros par les récentes lois de finances).
L'architecture du régime forfaitaire offre des leviers de compétitivité remarquables :
Le guide est totalement exonéré de l'application de la TVA (IVA) sur les factures émises à ses clients.
Cette franchise de TVA permet de proposer des tarifs finaux plus attractifs pour les excursionnistes particuliers (B2C), augmentant mécaniquement la compétitivité du GAE sur le marché florissant de l'écotourisme sicilien.
L'impôt sur le revenu est remplacé par un impôt de substitution unique (imposta sostitutiva) dont le taux standard est fixé à 15 %.
De manière incitative, ce taux peut être drastiquement réduit à 5 % durant les cinq premières années d'activité, sous réserve de respecter des conditions précises de création de "nouvelle activité".
Le calcul du bénéfice imposable ne se fait pas en déduisant les frais réels (achat de matériel, carburant), mais en appliquant un coefficient de rentabilité forfaitaire déterminé par la loi et intrinsèquement lié au code ATECO 79.90.02.
La jurisprudence fiscale concernant le régime ordinaire de TVA :
La situation se complexifie singulièrement pour les guides GAE dont le chiffre d'affaires dépasse le plafond forfaitaire, ou pour ceux qui choisissent de se structurer sous forme de sociétés commerciales (SRL, SNC) ou d'associations soumises au régime fiscal ordinaire.
Pour ces acteurs, la question de l'assujettissement ou de l'exonération de la TVA a fait l'objet de vifs débats, récemment tranchés de manière définitive par les plus hautes autorités fiscales du pays.
Dans une décision jurisprudentielle récente et fondamentale, formalisée par la "Risposta n. 125/2025" émise par la Direction centrale de l'Agence des Revenus (division des Contribuables, secteur des personnes physiques et travailleurs autonomes), l'État a statué sur le traitement TVA applicable à l'activité d'accompagnement environnemental.
De nombreux guides espéraient pouvoir bénéficier de l'exonération de TVA prévue par l'article 10, alinéa 1, numéro 22) du décret du Président de la République (DPR) 633/1972.
Cet article historique accorde une exemption fiscale pour les "prestations propres aux bibliothèques, discothèques… et celles inhérentes à la visite de musées, galeries, pinacothèques, monuments, villas, parcs botaniques et zoologiques et assimilés".
Les guides arguaient que leur prestation, se déroulant dans des "parcs naturels" comme le parc national de l'Etna, relevait de cette définition culturelle et éducative.
Cependant, l'Agence des Revenus a rejeté cette interprétation extensive.
L'institution a fermement conclu que le service intellectuel et physique d'accompagnement qu'un GAE (indépendant ou constitué en société ordinaire) rend aux excursionnistes est exclu du régime d'exemption de l'article 10.
L'administration fiscale considère que la prestation du guide est une prestation de service commercial distincte de la pure "visite" d'une infrastructure culturelle statique.
Par un effet de cascade logique, la décision 125/2025 précise également que la concession accessoire en usage d'instruments fonctionnels indispensables à l'activité d'accompagnement en milieu naturel (tels que le prêt ou la location de raquettes à neige, de bâtons télescopiques, de casques de protection ou de lampes frontales pour les grottes laviques) ne bénéficie d'aucune exemption.
Par conséquent, un GAE soumis au régime ordinaire de TVA a l'obligation légale de facturer l'ensemble de ses prestations d'excursion sur l'Etna en appliquant le taux de TVA ordinaire italien, qui s'élève généralement à 22 %.
Cette clarification de 2025 est une donnée incontournable pour les experts-comptables gérant les portefeuilles des agences de tourisme d'aventure opérant en Sicile.
Le modèle de prévoyance sociale : l'obligation de la Gestione separata INPS
Outre la fiscalité directe, l'inscription sous le code ATECO 79.90.02 engendre des obligations très spécifiques en matière de protection sociale et de constitution de droits à la retraite.
Une caractéristique structurelle majeure et déterminante de ce code, lorsqu'il est appliqué aux professionnels non organisés reconnus par la loi 4/2013, est l'absence totale de caisse de retraite professionnelle dédiée ou de régime catégoriel (Cassa previdenziale autonoma).
Contrairement aux professions libérales historiques (médecins, avocats) ou même à la profession concurrente des guides alpins qui disposent de leurs propres instances de prévoyance financées par la profession, le guide environnemental (GAE) est perçu par l'architecture du système social italien comme un professionnel "sans caisse".
En l'absence de caisse spécifique, la législation oblige le GAE à procéder à une inscription immédiate et impérative à la Gestione separata de l'INPS (Institut national de la prévoyance sociale, section "Gestion séparée").
Les implications macro- et microéconomiques de cette affiliation à la Gestione separata sont doubles et modèlent profondément le comportement entrepreneurial du guide indépendant sur l'Etna :
- 1. Le taux de cotisation lourd : Le pourcentage légal prélevé directement sur les revenus imposables (déterminés après abattement forfaitaire) pour le paiement des cotisations de retraite et d'invalidité s'élève à 26,07 %. Ce taux, perçu comme élevé par la profession, représente une charge financière substantielle qui doit être répercutée sur le prix de vente de l'excursion.
- 2. La flexibilité par l'absence de minimums fixes : ce point constitue le principal, voire l'unique, avantage structurel de la Gestione Separata pour les travailleurs évoluant dans des économies hyper-saisonnières et tributaires de la météorologie extrême, comme c'est systématiquement le cas dans le tourisme de montagne et volcanique. Contrairement aux commerçants, hôteliers ou artisans siciliens qui sont tenus de payer un montant de cotisations fixe, minimal et annuel (s'élevant à plus de 4 000 euros par an) même si leur entreprise enregistre des pertes ou une inactivité totale, le guide environnemental INPS ne paie des cotisations que de manière strictement proportionnelle à ses revenus réels générés.
Ce mécanisme est un véritable bouclier anti-faillite si le chiffre d'affaires d'un guide s'effondre à zéro durant les mois rigoureux de l'hiver, ou de manière imprévisible lors de violentes éruptions paroxystiques de l'Etna poussant la préfecture à fermer le volcan durant des semaines, aucune cotisation INPS n'est due pour cette période de carence.
Coûts d'exploitation incompressibles et obligations accessoires
Au-delà des méandres de l'imposition directe et de la prévoyance sociale, l'activité quotidienne d'un GAE sur l'Etna requiert un niveau d'investissement initial et récurrent non négligeable.
Pour se maintenir en conformité avec la loi 4/2013, le guide doit souscrire des contrats d'assurances spécifiques.
L'appartenance à des associations de grande envergure telles que l'AIGAE, l'AGAE ou la FES inclut généralement, dans la cotisation annuelle d'adhésion, une police d'assurance Responsabilité civile (RC) professionnelle de base.
Les exigences de l'administration régionale et le niveau de risque objectif mesuré sur l'Etna (chutes de pierres, inhalations de gaz, entorses sur les scories) dictent souvent la nécessité de souscrire des couvertures complémentaires avec des plafonds d'indemnisation très élevés.
À titre de point de comparaison législatif, d'autres régions du sud de l'Italie ayant mis en place des listes de reconnaissance semblables à la Sicile exigent des professionnels, pour valider leur inscription, la fourniture de polices d'assurance RC dotées de plafonds de garantie atteignant au minimum 5 millions d'euros par sinistre.
Enfin, bien que les coûts purement administratifs d'ouverture d'une partita IVA soient aujourd'hui relativement modérés (cette démarche étant massivement externalisée par les guides auprès de plateformes comptables numériques automatisées (LegalTech) proposant des forfaits de gestion annuelle oscillant entre 264 euros et 300 euros hors taxes), le coût d'exploitation réel et global de l'activité est bien plus lourd.
Il doit impérativement inclure l'amortissement rapide du matériel technique (soumis à l'usure prématurée causée par l'acidité et l'abrasivité extrême des cendres volcaniques) et les coûts liés à la formation continue obligatoire (souvent itinérante) exigée par l'association mère pour conserver le sceau de qualité MIMIT. Il doit également intégrer les frais de marketing nécessaires pour exister face aux agences traditionnelles.
Synthèse analytique, prospective sociologique et impacts territoriaux
La triangulation complexe des vastes volumes de données juridiques, géographiques, sociologiques et fiscales analysées dans ce rapport permet d'extraire plusieurs observations fondamentales. Elle permet également de dessiner des perspectives d'évolution concernant l'écosystème professionnel des guides œuvrant sur l'Etna à l'aube de l'année 2026.
Premièrement, il apparaît de manière criante une asymétrie profonde, presque structurelle, entre la reconnaissance juridique et idéologique accordée par l'État à la profession de guide environnemental (via la loi 4/2013) et l'exercice concret et physique de celle-ci sur le terrain ultra-spécifique d'un volcan actif.
La loi valide de manière inconditionnelle la compétence pédagogique, éthique et naturaliste du professionnel issu des rangs de l'AIGAE, de la FES ou de l'AGAE.
Mais l'impératif régalien et suprême de sécurité publique incarné par la Protection civile, matérialisé par le maillage serré des ordonnances municipales et la définition stricte de la zona a pericolosità permanente (ZPP), prime toujours sur le droit constitutionnel au libre exercice professionnel.
Le GAE sur l'Etna est donc un professionnel pleinement légitime, reconnu par les ministères, mais territorialement et physiquement amputé des strates sommitales qui sont pourtant l'attraction la plus magnétique de son lieu de travail.
Cette dynamique de restriction altitudinale permanente (où la barrière invisible se situe généralement entre 2450 m et 2800 m selon les humeurs du système ETNAS) force le GAE à opérer une mutation intellectuelle et commerciale.
Il doit développer une offre touristique de contournement, puissamment axée sur la richesse géologique spectaculaire des cratères latéraux et adventifs (comme l'incontournable complexe des Crateri Silvestri), sur l'écologie forestière complexe des pentes inférieures, et sur la mise en valeur du patrimoine de l'architecture rurale liée à la culture du basalte, laissant de fait l'alpinisme volcanique de frisson et d'altitude aux seuls guides volcanologiques.
Ensuite, les associations de GAE (AIGAE, AGAE, FES) ont muté pour dépasser leur fonction initiale.
Elles ne sont plus de simples registres professionnels ou des centres de formation technique, mais agissent désormais comme de puissants syndicats de défense existentielle et de lobbying parlementaire.
La contestation véhémente par l'AGAE et l'AIGAE de la récente loi 131/2025 sur la montagne montre que l'identité conceptuelle même du GAE est constamment menacée par la tentation récurrente du législateur de simplifier le paysage en ramenant l'accompagnement en montagne sous l'égide centralisatrice, exclusive et restrictive des lois de l'alpinisme de 1989.
Simultanément, au niveau microterritorial, l'action de la Feder Escursionismo Sicilia illustre un lobbying de terrain acharné.
La FES lutte ouvertement contre l'approche binaire, jugée archaïque, des maires locaux qui se réfugient derrière le principe de précaution absolu (ouverture totale contre fermeture totale et verrouillage militaire) lors des épisodes d'effusion lavique.
En réclamant une gestion du risque nuancée, moderne et adaptative, qui ferait confiance au jugement empirique, à la lecture du terrain et à l'expérience des professionnels inscrits, la FES tente de modifier la doctrine étatique de la sécurité civile.
Le but est d'éviter l'asphyxie économique totale de la filière lors des longs mois de coulées laviques non explosives.
Troisièmement, le modèle microéconomique induit par l'attribution du code ATECO 79.90.02 et l'inscription subséquente à la Gestione separata de l'INPS favorise une culture entrepreneuriale d'une extrême flexibilité, voire de précarité acceptée.
Cette architecture fiscale et sociale, bien que lourde en prélèvements proportionnels, est paradoxalement et parfaitement adaptée à la nature intrinsèquement volatile et instable de l'industrie touristique liée à l'Etna.
Le fait que les cotisations sociales exigibles soient strictement indexées et proportionnelles aux revenus encaissés permet aux guides de survivre économiquement lors des phases éruptives majeures (comme les longues périodes de niveau d'alerte F2) où les ordonnances syndicales ferment préventivement de très vastes pans du volcan, détruisant instantanément les réservations et réduisant le chiffre d'affaires à néant sur plusieurs semaines.
De plus, l'accès au régime fiscal forfaitaire et la dispense de facturation de la TVA (pour une multitude de professionnels qui y sont financièrement éligibles) offrent un levier de compétitivité crucial.
Cela permet aux GAE indépendants de maintenir des tarifs d'excursion psychologiquement attractifs (souvent aux alentours de 50 euros la demi-journée) pour les familles et le tourisme de masse, s'inscrivant ainsi en contrepoint direct et nécessaire face au coût parfois prohibitif des expéditions sommitales combinées (qui nécessitent l'engagement d'un guide volcanologique, l'achat de billets de téléphériques onéreux et la location de véhicules 4x4).
Guide environnemental et de randonnée sur l'Etna
En définitive, opérer avec succès en tant que guide environnemental et de randonnée sur l'Etna en 2026 requiert infiniment plus qu'une condition physique irréprochable et qu'une passion dévorante pour la géomorphologie.
Exige une profonde maîtrise pluridisciplinaire des sciences naturelles, des talents avérés dans l'animation et la gestion de groupes hétérogènes.
Cela nécessite surtout et de manière vitale une expertise juridique pointue, une résilience administrative, et la capacité à naviguer quotidiennement et avec agilité entre les ordonnances syndicales fluctuantes, les décrets régionaux d'habilitation, les subtilités de la facturation TVA et les ondes de choc des grandes réformes touristiques nationales.
La profession, bien que contrainte altitudinalement et soumise à une pression législative constante, demeure le pilier central et irremplaçable d'un tourisme écologiquement responsable, ancré dans le territoire et profondément éducatif.
Le déploiement s'effectue sur l'infrastructure naturelle la plus fascinante et la plus vivante du bassin méditerranéen.