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11/03/2026

Le radon : le gaz invisible qui nous révèle les secrets du magma sur l'Etna.

Quand on parle de surveillance volcanique, on pense immédiatement aux sismographes, aux antennes GPS ou aux caméras thermiques.

Pourtant, parmi les nombreux signaux envoyés par le volcan, un messager silencieux et invisible se distingue : le gaz radon.

 

Un traceur naturel à la durée de vie très courte

Le radon représente un gaz noble radioactif, produit naturellement par la dégradation de l'uranium contenu dans les roches. 

Sa durée de vie n'excède pas 3,8 jours.

Une existence fulgurante, parfaitement adaptée pour enregistrer la moindre variation dans le sol.

Dès qu'une nouvelle fracture s'ouvre ou que le magma se déplace en profondeur, la perméabilité de la roche change.

Le radon s'échappe alors vers la surface.

Pour bien comprendre le phénomène, imagine un capteur naturel extrêmement sensible, qui réagit au moindre soupir souterrain du volcan.

 

Des années de recherche pour décoder le géant

Les chercheurs de l'Institut National de Géophysique et Volcanologie (INGV) étudient les comportements du radon depuis le début des années 2000.

Les premières mesures réalisées près de l'ancien refuge de Torre del Filosofo, à 2940 mètres d'altitude, ont prouvé que les émissions augmentaient fortement avant les grandes éruptions du Cratère Sud-Est en 1998.

Les pics d'activité du gaz précédaient les fontaines de lave de presque 46 heures.

D'autres stations, installées près de Piano Provenzana au nord ou du Rifugio Sapienza au sud, confirment aujourd'hui le lien direct entre les pics de radon, l'augmentation du trémor volcanique et l'activité strombolienne au sommet.

Le gaz annonce très souvent l'arrivée du magma dans les trois jours précédant le début d'un événement éruptif.

 

La station ERN8 : le point où le volcan respire

Une étude majeure publiée en février 2026 apporte de nouveaux éléments passionnants.

Les scientifiques ont analysé une série de données ininterrompue sur huit ans, récoltée entre 2015 et 2023.

L'instrument de mesure se situe sur la station ERN8, localisée directement sur une fracture ouverte lors de l'éruption de 1989, sur le flanc sud-est de l'Etna.

Il s'agit de la plus longue série d'observations jamais obtenue sur un volcan actif dans le monde.

Le secteur agit comme un véritable conduit respiratoire pour le géant sicilien.

Une sonde enfoncée à 1,5 mètre sous terre enregistre le niveau de concentration du gaz heure par heure de manière totalement autonome grâce à l'énergie solaire.

 

Le grand défi du nettoyage des données

Mesurer le radon reste facile, interpréter les chiffres exige un travail colossal.

La pluie, la pression atmosphérique et les températures extérieures influencent fortement la sortie du gaz.

Les chercheurs utilisent des calculs mathématiques complexes pour nettoyer le signal et séparer les effets de la météo des véritables mouvements liés au magma.

Une fois les données épurées, le récit des entrailles de la Terre devient limpide.

Les variations du radon correspondent exactement aux grands épisodes éruptifs récents : la Voragine en 2015 et 2016, l'éruption latérale de Noël 2018, ainsi que les nombreux paroxysmes du Cratère Sud-Est jusqu'en 2023.

 

Le pic record de l'automne 2019

Un événement exceptionnel s'est produit à l'automne 2019.

L'appareil de mesure a enregistré un pic vertigineux de 13,4 millions de Becquerels par mètre cube.

Ce chiffre représente un niveau mille fois supérieur à la moyenne habituelle.

L'alerte ne provenait d'aucun défaut informatique ni d'une tempête.

Le signal traduisait une intense instabilité magmatique souterraine, devançant le grand réveil de 2019-2020.

Les volcanologues ont ensuite comparé les variations du gaz avec l'analyse microscopique des cristaux présents dans la lave refroidie.

Les résultats concordent parfaitement.

L'augmentation du radon correspond systématiquement à l'arrivée d'un magma frais dans les réservoirs profonds.

Une baisse signale au contraire une stabilisation du système.

 

L'avenir de la surveillance volcanique

Le radon ne constitue pas encore une boule de cristal infaillible.

Son rayon d'action reste très localisé et nécessite un réseau de capteurs très dense pour cartographier l'ensemble de la montagne.

Il représente tout de même une sentinelle remarquable pour repérer la mise en pression des conduits magmatiques.

La géologie de l'Etna offre un terrain d'observation exceptionnel pour comprendre comment le magma interagit avec la roche.

J'aurai grand plaisir à t'expliquer tous les mécanismes fascinants avec des mots simples lors de notre prochaine exploration sur le terrain.

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Source de cet article : Associazione Italiana di Vulcanologia


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