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09/01/2026

Etna 2026, entre le feu de janvier et la foi de février, illustre la dualité entre l'éruption et Sant'Agata.

 

Introduction : la dualité chthonienne et céleste de la Sicile orientale à l'aube de 2026

L'année 2026 s'est ouverte en Sicile orientale sur une dichotomie saisissante, une tension narrative et physique qui semble réécrire, une fois de plus, l'éternel dialogue entre la montagne et la cité, entre les forces telluriques incontrôlables et l'ordre social sacralisé.

D'un côté, l'Etna, entité géologique vivante, imprévisible et souveraine, a inauguré le calendrier par une effusion magmatique spectaculaire dans la Valle del Bove, rappelant sa primauté absolue sur le paysage et les rythmes biologiques de l'île.

De l'autre, la métropole de Catane se prépare à célébrer sa patronne, Sainte Agathe, dans une ferveur qui transcende le simple rite religieux pour devenir un acte de résistance collective, d'identité civique et de gestion des risques.

Cet article, conçu comme une analyse exhaustive et multidimensionnelle, se propose de décortiquer les événements majeurs qui marquent ce début d'année 2026.

Il ne s'agit pas ici de simplement chroniquer une éruption latérale ou une fête patronale, mais d'analyser les mécanismes complexes, géologiques, normatifs, économiques et spirituels, qui régissent la vie au pied du volcan le plus actif d'Europe.

Alors que le mois de janvier a été dominé par la rhéologie des laves, l'absence cruelle de neige et une contestation syndicale historique des professionnels de la montagne, le mois de février s'annonce comme le temps de la résilience sacrée.

L'analyse s'articulera autour de quatre axes majeurs, traités avec la rigueur de l'expertise technique et la profondeur de l'analyse sociétale : la dynamique éruptive de janvier 2026 et ses implications volcanologiques précises.

La crise normative sans précédent a conduit à la grève des guides alpins et vulcanologiques en raison des restrictions préfectorales.

Les mutations structurelles du tourisme hivernal confronté à l'aléa climatique et volcanique.

Et enfin, le contrepoint culturel et spirituel de la fête de Sant'Agata, véritable clé de voûte de la cohésion sociale catanaise en cette année jubilaire.

 

I. Analyse volcanologique : le récit de l'éruption de janvier 2026

L'éruption du début de 2026 n'a pas pris complètement au dépourvu la communauté scientifique, mais son emplacement, son comportement et son arrêt rapide ont fourni un cas d'étude intéressant sur l'évolution morphologique récente de l'Etna.

L'éruption s'inscrit dans la continuité d'une instabilité constatée fin 2025, traduisant le transfert de magma des conduits centraux vers les zones de faiblesse structurelle du flanc oriental.

 

1.1. La genèse de l'événement : réveil stratigraphique et migration du magma

Après une fin d'année 2025 caractérisée par une activité strombolienne intermittente mais persistante aux cratères sommitaux, spécifiquement à la Voragine et à la Bocca Nuova, le système magmatique de l'Etna a opéré une migration latérale typique des phases de décompression latérale.

Les réseaux de surveillance de l'Institut National de Géophysique et Vulcanologie (INGV), Osservatorio Etneo, ont détecté dès les dernières heures du 31 décembre 2025 et le 1ᵉʳ janvier 2026 une variation significative des paramètres géophysiques.

 

1.1.1. Localisation et géomorphologie de la fracture

La fracture éruptive s'est ouverte à une altitude comprise de 2000 à 2100 mètres, au pied du Monte Simone, un ancien cratère sur la paroi sud de la Valle del Bove.

Le fait que l'éruption se produise dans la Valle del Bove est important pour la gestion du risque.

Cette vaste dépression en fer à cheval, cicatrice d'effondrements anciens (notamment ceux de l'Holocène), agit comme un bassin de confinement naturel pour les coulées de lave, protégeant ainsi les zones habitées des versants orientaux comme Milo et Zafferana Etnea.

L'ouverture de la bouche éruptive à la base du Monte Simone indique une intrusion magmatique (dyke) qui a profité des zones de faiblesse structurelle héritées des cycles éruptifs précédents.

Les premières observations satellites (Sentinel-2 et images thermiques) ont révélé la formation rapide de hornitos, de cônes de scories soudées, autour des évents, témoignant de la richesse en gaz du magma initial et de la fragmentation modérée du jet de lave à la sortie.

 

1.2. Fluidité de la lave : rhéologie, progression, arrêt

L'effusion lavique, une activité effusive selon I'INGV, s'est caractérisée par un débit initial élevé, qui a permis au front de lave de descendre rapidement les pentes abruptes de la haute Valle del Bove, avant qu'il ralentisse considérablement sur des terrains moins pentus.

 

1.2.1. Progression et caractéristiques du champ de lave

Au 2 janvier 2026, le champ de lave était vigoureusement alimenté.

Le front le plus avancé avait atteint la cote de 1420 mètres d'altitude, parcourant une distance linéaire d'environ 2,8 km depuis la bouche éruptive.

La lave, typiquement de morphologie aa (basalte scoriacé, rugueux et autobrechifié), progressait selon un mécanisme de chenalisation.

Le cœur fluide transporte la chaleur et la masse, tandis que les bords refroidissent pour former des levées naturelles.

L'analyse détaillée des relevés par drones effectués le 3 janvier a montré une complexification du champ de lave.

Entre 1700 et 1800 mètres d'altitude, le flux principal s'est divisé en plusieurs bras (digitations), un phénomène hydrodynamique courant lorsque le débit fluctue ou que la topographie locale (micro-reliefs de coulées antérieures) impose des bifurcations.

Les phénomènes de chevauchement (overplating) ont été observés, où de nouvelles unités de flux recouvrent les précédentes, augmentant l'épaisseur du champ de lave (inflation) plutôt que sa longueur distale.

 

1.2.2. Le ralentissement et le refroidissement précoce

Dès le 7 janvier, un changement de régime radical a été noté par les observateurs de terrain et les satellites.

L'INGV a rapporté une atténuation progressive de l'alimentation magmatique.

La portion du champ de lave comprise entre Rocca Musarra et Rocca Capra n'était plus alimentée activement.

Les fronts de lave, stationnaires à environ 1360 mètres d'altitude (juste au sud de Rocca Musarra), sont entrés en phase de refroidissement.

Ce comportement suggère une diminution rapide de la pression hydrostatique du magma à la source ou une obstruction partielle du conduit d'alimentation due à la cristallisation.

L'absence de boati (grondements explosifs) audibles lors des inspections du 7 janvier a corroboré l'hypothèse d'une fin de l'activité explosive associée à la Voragine, marquant une pause dans l'alimentation du système superficiel. 

Le système volcanique de l'Etna est connu pour ses pauses trompeuses.

Le "calme relatif" décrit par les bulletins ne signifie pas une inertie totale, mais plutôt un retour à un état de déséquilibre stationnaire.

Date (Jan 2026)Altitude Front (m)Longueur Coulée (km)Surface (m2)État de l'Activité
01/01~2000 (Source)  Ouverture fracture, spattering intense, formation hornitos
02/0114202.80 Alimentation soutenue, flux confiné Valle del Bove
03/0113803.14~550,000Digitations multiples, chevauchements, expansion latérale
07/011360Stationnaire Arrêt alimentation distale, refroidissement des fronts
09/011360Stationnaire Activité modeste, refroidissement général, absence de neige significative

1.3. L'interaction atmosphérique et la géochimie des gaz

Parallèlement à l'activité effusive latérale, les cratères sommitaux ont maintenu une activité explosive variable, témoignant de la complexité du système de plomberie magmatique de l'Etna qui permet une activité simultanée à différents niveaux.

 

1.3.1. Dispersion des cendres et qualité de l'air

Des émissions de cendres ont été observées de manière intermittente depuis la Voragine (VOR) et la Bocca Nuova (BN-2), dispersant des particules fines dans l'atmosphère.

Ces panaches, bien que ne constituant pas une menace paroxysmique comparable aux fontaines de lave de 2021-2022, ont posé des problèmes logistiques pour l'espace aérien et la qualité de l'air dans les communes sous le vent.

Les retombées de lapilli et de cendres grossières ont été signalées au Rifugio Sapienza et jusqu'à Nicolosi.

 

1.3.2. Indicateurs géochimiques

L'analyse des gaz a montré un flux de SO₂ (dioxyde de soufre) à un niveau élevé mais en décroissance progressive lors de la première semaine de janvier, signe d'un dégazage efficace du magma résiduel.

Les images satellites TROPOMI ont confirmé ces concentrations, validant les modèles de dispersion atmosphérique utilisés par l'INGV.

Le rapport isotopique de l'hélium (^3He/^4He) dans les sites périphériques a montré une légère diminution vers des valeurs moyennes, indiquant une baisse de l'apport de magma profond (primitif) vers la surface.

 

II. La crise normative : la grève des guides et la gestion du risque

L'éruption de janvier 2026 restera dans l'histoire de l'Etna moins pour sa faible et localisée activité volcanique que pour la crise institutionnelle et sociale qu'elle a engendrée.

Le 7 janvier, pour la première fois dans l'histoire récente de la gestion du volcan, le Collegio Regionale delle Guide Alpine e Vulcanologiche della Sicilia a interrompu unilatéralement ses services en signe de protestation, établissant un précédent juridique et politique.

 

2.1. L'ordonnance de la discorde : sécurité ou bureaucratie ?

Le catalyseur de cette révolte professionnelle fut l'ordonnance préfectorale nᵒ 1 du 6 janvier 2026, relayée et amplifiée par les arrêtés municipaux des communes de Milo, Sant'Alfio et Zafferana Etnea.

Dans un souci de sécurité publique poussé à l'extrême, la préfecture de Catane, en coordination avec la Protection Civile, a imposé des restrictions drastiques à l'accès aux zones actives, modifiant substantiellement les conditions d'exercice de la profession.

 

2.1.1. Les termes de la restriction et l'impact opérationnel

Les points les plus contestés de l'ordonnance et de ses applications locales sont :

La zone d'exclusion rigide : interdiction absolue d'approcher le front de lave à moins de 200 mètres, même pour les professionnels accompagnés de groupes équipés.

Pour les guides, cette distance est arbitraire et excessive, transformant l'expérience touristique en une observation lointaine ("montrer du brouillard") dénuée de valeur pédagogique et émotionnelle.

Le couvre-feu horaire (18h) : obligation de retour au point de départ (barrière de la route Pietracannone Mareneve) avant 18h.

Cette mesure supprime de facto les excursions au coucher du soleil et nocturnes, qui constituent le cœur de la demande touristique pour une éruption effusive, le contraste rouge/noir de la lave n'étant visiblement spectaculaire que de nuit. 

Le contingentement des groupes : limitation des groupes à 10 personnes maximum par guide.

Bien que justifiable pour la maniabilité en cas d'urgence, cette mesure affecte la rentabilité des sorties pour les opérateurs.

 

2.1.2. La logique administrative de la Préfecture

Pour la Préfecture et les maires, ces dispositions relèvent d'un principe de précaution maximale face à un environnement jugé hostile.

La présence potentielle de neige (bien que sporadique), le terrain accidenté de la Valle del Bove, et l'imprévisibilité intrinsèque des bouches éruptives justifient, selon l'administration, une limitation stricte des flux humains.

L'argumentaire repose sur la difficulté d'évacuation en cas de changement soudain d'activité ou de conditions météorologiques adverses (brouillard, verglas, gaz).

Le Préfet a explicitement cité la nécessité de prévenir les accidents liés au "tourisme sauvage" qui tend à s'infiltrer dans les zones interdites.

 

2.2. La réponse des professionnels : « Nous ne vendons pas du brouillard » 

La réponse des Guides Alpins et Vulcanologiques a été immédiate et virulente.

Le 7 janvier, par un communiqué, ils ont suspendu l'accompagnement professionnel au front de lave, une grève de fait qui a bloqué l'activité touristique légale sur le volcan.

Leur raisonnement s'articule autour de trois points :

Déni de compétence et de rôle : les guides considèrent que l'ordonnance nie leur compétence technique et leur rôle légal.

Leur formation diplômée d'État leur permet d'apprécier le risque en direct sur le terrain.

Imposer une distance arbitraire de 200 mètres, alors que I'INGV indique que des distances plus courtes (par exemple 50 mètres) pourraient être sûres en fonction de la phénoménologie effusive stable, est considéré comme une mesure bureaucratique déconnectée de la réalité géologique.

Ils soutiennent que "poursuivre dans ce cadre normatif reviendrait à valider un modèle qui nie la figure du guide".

Inutilisabilité opérationnelle : les contraintes horaires rendent le service impossible à délivrer dans des conditions de qualité.

Les guides refusent d'emmener des clients voir "de la fumée et du brouillard" de loin, et préfèrent interrompre le service plutôt que de tromper les touristes.

Contre-productivité sécuritaire : en interdisant aux guides d'exercer légalement, l'ordonnance laisse un vide qui favorise le tourisme sauvage.

Les touristes, dépourvus de guide, tentent de franchir les barrages pour observer la lave, s'exposant ainsi à un danger bien plus considérable qu'ils ne le feraient avec un équipement adéquat et une connaissance du terrain.

 

2.3. Analyse juridique et institutionnelle du conflit

Cette crise met en lumière un conflit de juridiction latent sur l'Etna.

La question "Qui gouverne le volcan ?" reste posée avec acuité.

L'INGV fournit les données scientifiques (bulletins d'alerte) mais se défend de dicter la politique de gestion publique.

La présidence de l'INGV a d'ailleurs tenu à préciser que les critiques émises à titre personnel sur les réseaux sociaux par certains chercheurs ne reflétaient pas la position officielle de l'institut concernant la sévérité des ordonnances.

Cela souligne la tension entre l'avis scientifique pur et son interprétation politique.

La Préfecture détient le pouvoir de police administrative pour l'ordre public et la sécurité, s'appuyant sur le T.U.L.P.S. (Texte Unique des Lois de Sécurité Publique).

L'association AssoGuide a soulevé un point de droit crucial : les maires ont-ils le pouvoir d'émettre des ordonnances limitant l'excursionnisme dans un Parc Régional, compétence théoriquement dévolue à l'Ente Parco dell'Etna ?

Ce flou juridique crée une zone grise où la sécurité devient un enjeu de négociation politique plutôt que technique.

 

2.4. Contexte syndical national

Il faut savoir que cette grève locale est venue se greffer sur un vaste mouvement social national.

Les 9 et 10 janvier 2026 ont été le théâtre d'une grève nationale des transports (trains, avions, transports locaux) et de l'école (reportée en partie au 12-13 janvier).

Cette convergence des luttes a rendu le tourisme quasi impossible en Sicile: impossible d'arriver (avions/trains bloqués), impossible de se déplacer (bus locaux en grève), impossible de visiter l'attraction principale (guides en grève).

 

III. Enjeux du tourisme hivernal : entre neige fantôme et lave

L'hiver 2026 sur l'Etna est un exemple frappant des enjeux du changement climatique pour les stations de moyenne montagne méditerranéenne.

Le modèle classique du tourisme hivernal sicilien, « ski le matin, plage l'après-midi », est mis à mal par une anomalie climatique persistante.

 

3.1. La crise de l'Or Blanc

Au début de janvier 2026, les stations de ski d'Etna Nord (Piano Provenzana Linguaglossa) et Etna Sud (Nicolosi) affichaient désespérément porte close.

Les rapports d'enneigement officiels du 1ᵉʳ au 9 janvier indiquaient invariablement « 0 cm » ou des traces insuffisantes pour l'ouverture des pistes.

 

3.1.1. Données d'enneigement et réalité du terrain

Bien que des chutes de neige aient été enregistrées ponctuellement (environ 15-20 cm le 8 janvier sur les sommets 18), elles ont été suivies par des phénomènes de redoux immédiat ou des pluies qui ont lessivé le manteau neigeux.

De plus, la nature du terrain volcanique nécessite une couche de base (sous-couche) beaucoup plus importante que dans les Alpes pour couvrir les roches de lave abrasives.

Les bulletins d'EtnaSci et Piano Provenzana ont maintenu le statut "Impianti Chiusi" (remontées fermées) tout au long de la première décade de janvier.

Le seul service maintenu fut la navette de Linguaglossa, qui a continué à opérer pour transporter des randonneurs, faute de skieurs.

StationÉtat des Pistes (9/1/2026)Hauteur Neige (Min/Max)Dernière Chute
Etna Nord (Piano Provenzana)Fermées (0/4 remontées)0 cm/20 cm08/01 (20 cm, fondante)
Etna Sud (Nicolosi)Fermées (0/5 remontées)0 cm/15 cm08/01 (15 cm, fondante)

3.2. L'essor du « tourisme lent » volcanique et l'impasse économique

Face à la défaillance systémique du ski, l'éruption de janvier a servi de produit d'appel alternatif vital.

Le « volcano tourisme » s'est substitué au tourisme de neige.

Les opérateurs ont tenté de pivoter vers des offres de randonnée hivernale, sur les « déserts de lave » ou des visites de grottes et cratères, mettant en avant le contraste chromatique esthétique (noir de la lave, bleu du ciel, blanc des plaques de neige).

C'est ici que la crise normative décrite précédemment prend tout son sens économique dévastateur.

Si l'accès à la lave est bloqué par l'ordonnance préfectorale et la grève des guides, l'alternative touristique principale s'effondre également.

Les opérateurs économiques de Nicolosi, Zafferana et Linguaglossa se retrouvent pris dans une double impasse :

1. Pas de neige pour faire tourner les remontées mécaniques et les locations de ski.

2. Interdiction d'approcher la coulée de lave qui attire les visiteurs.

L'impact économique est direct : annulations de nuitées, baisse de fréquentation des restaurants d'altitude, et chômage technique pour les saisonniers.

L'incertitude réglementaire, ordonnances changeantes, zones jaunes/rouges fluctuantes, est citée par les opérateurs comme un ennemi plus redoutable pour le business que le danger volcanique lui-même.

 

IV. Le Contrepoint culturel : Sainte Agathe 2026, Foi et Jubilé

Tandis que la montagne tonne, fume et divise les hommes sur la gestion du risque, Catane se tourne vers sa protectrice absolue pour se réunir.

Sant'Agata de février 2026 n'est pas une édition comme les autres, mais un rendez-vous avec le Jubilé, la mémoire et la menace éruptive.

 

4.1. Le contexte jubilaire : 1126-2026, un millénaire de dévotion

2026 est une année importante pour l'Église de Catane et les fidèles de Sainte Agathe.

Elle ouvre le cycle de célébration du 900ᵉ anniversaire du retour des reliques de la Sainte depuis Constantinople (en 1126), événement fondateur de l'identité religieuse de la ville.

Le thème pastoral de l'Archevêché, sur les pas de Sainte Agathe pour rendre raison de notre espérance, résonne avec force dans une ville aux prises avec des incertitudes environnementales et sociales.

L'archevêque de Catane, Mons. Luigi Renna, a rappelé que ce Jubilé ne devait pas être « seulement une fête », mais une occasion de « conversion » éthique et sociale.

 

4.2. Logistique et sécurité : la procession

L'organisation de la fête en 2026 intègre des normes de sécurité de plus en plus strictes, en écho aux problématiques rencontrées sur le volcan, créant un parallèle saisissant entre la gestion de la lave et la gestion de la foule.

 

4.2.1. Régulation des flux et accréditations

Pour la procession de l'Offrande de la Cire (3 février), une procédure d'accréditation obligatoire a été mise en place pour réguler les flux de dévots portant les lourds cierges votifs ("cerei").

Cette mesure vise à éviter les mouvements de foule dangereux et à garantir que la pénitence ne se transforme pas en chaos.

Les groupes sont limités à 8 personnes, et la cire doit être blanche, un détail liturgique devenu norme de sécurité.

 

4.2.2. Zones rouges urbaines

La Préfecture a établi des « zones rouges » urbaines pour contrer le stationnement abusif, la petite criminalité et les activités illégales durant les festivités.

L'ordonnance vise spécifiquement les zones de la Gare Centrale et du Corso Martiri della Libertà, interdisant l'accès aux personnes ayant des antécédents judiciaires pour vols ou violences.

C'est une extension de la logique de contrôle du territoire : après avoir zoné le volcan, l'État zone la ville sainte.

 

4.2.3. Gestion des cendres volcaniques

La menace de retombées de cendres volcaniques pendant la fête (scénario plausible vu l'activité persistante aux cratères sommitaux décrite en section I) a été intégrée aux plans de contingence.

Des protocoles de nettoyage d'urgence et de protection des reliques (bâches pour le fercolo) sont prêts à être activés si le vent pousse le panache vers la ville lors des processions du 4 et 5 février.

 

4.3. Le programme liturgique

Le programme de 2026, qui s'ouvre avec les "Domeniche Agatine" de janvier, culmine dans le triduum de février.

Voici une analyse des extraits du programme officiel :

DateÉvénement cléSignification et Particularités 2026
14-28 JanvierPèlerinage du Voile (Peregrinatio del Velo)Le Voile de la Sainte visite les écoles et quartiers périphériques (Nesima, San Giorgio, Librino), tissant le lien social avant la fête centrale.
3 Février (Matin) / 3 Février (Soir)Procession de l'Offrande de la Cire / Feux d'artifice (« A sira 'o tri »)Réglementation stricte des participants (accréditation). Dévotion pénitentielle où l'autorité religieuse rencontre l'autorité civile (Mairie). Le feu maîtrisé et artistique de la fête répond symboliquement au feu du volcan.
4 Février (Aube)Messa dell'Aurora (Messe de l'Aurore)Le moment le plus intime et émotionnel. Sortie du Buste Reliquaire de la "Cameretta". C'est l'instant où la ville "reçoit" sa Sainte.
5 FévrierPontifical et Procession interneClôture solennelle présidée par un Cardinal invité (Mario Grech). Invocation de la protection sur la ville pour l'année à venir, notamment contre les tremblements de terre et les éruptions.
12 FévrierOctave de la FêteFermeture officielle des célébrations, moment de bilan spirituel.

4.4. Le rituel et le volcan : une protection active

La dévotion à Sainte Agathe est intrinsèquement liée à l'Etna.

La tradition rapporte que le voile de la Sainte a arrêté plusieurs coulées de lave menaçant la ville (notamment en 252 et 1886).

En 2026, avec une éruption active en janvier (bien qu'en refroidissement début février), la procession revêt une dimension apotropaïque renouvelée.

Les fidèles prient pour honorer une martyre du IIIᵉ siècle et pour demander une protection concrète contre les cendres qui étouffent la ville et la lave qui menace les vergers.

L'ostension du « Sacro Velo » lors des processions sera le point culminant de cette demande de protection, transformant la relique en un bouclier spirituel face au géant géologique.

 

La résilience des personnes de l'Etna

En ce début d'année 2026, l'Etna et Catane présentent le tableau d'une société tiraillée entre la force brute de la nature et l'exigence de l'ordre humain.

L'éruption de janvier, bien que géologiquement mineure et localisée dans la Valle del Bove, a servi de révélateur des failles administratives et sociales dans la gestion du territoire.

La grève inédite des guides vulcanologiques n'est pas une grève corporatiste.

Elle interroge notre rapport au risque naturel dans une société contemporaine.

Souhaitons-nous une montagne stérilisée où l'accès à la nature est interdit au moindre frémissement par principe de précaution (la doctrine préfectorale) ou acceptons-nous une gestion raisonnée et partagée du risque fondée sur la compétence professionnelle (la doctrine des guides) ?

Simultanément, la préparation soignée de la fête de Sainte Agathe montre que la réponse finale de Catane à l'incertitude est technique, juridique, scientifique, spirituelle et communautaire.

Face au feu imprévisible du volcan et à l'absence déroutante de la neige hivernale, la cité oppose la foi immuable de février.

Le « Voile » de la Sainte et la combinaison ignifugée du vulcanologue deviennent ainsi les deux faces d'une même médaille.

Les outils, l'un symbolique et l'autre technique, par lesquels l'homme tente de coexister avec le géant qui fume au-dessus de sa tête.

L'hiver 2026 restera donc dans les mémoires siciliennes comme celui où la neige a manqué, où les guides se sont tus pour la première fois.

C'est aussi l'année où la voix des « Devoti » a résonné plus fort que jamais, couvrant, pour un temps, le grondement sourd de la Valle del Bove.

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